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Matisse
- Picasso : confrontation de deux géants
(Delphine Jouenne)
L'exposition "Matisse-Picasso" est ouverte depuis
le 22 septembre 2002 jusqu'au 6 janvier 2003, aux Galeries nationales
du Grand-Palais, Paris-8e.
Horaires
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 20h. Nocturne le mercredi
jusqu'à 22h.
Prix d'entrée
Sur réservation, de 10h à 13h. Tarif plein: 11,10 €;
tarif réduit et les lundis: 9,10 €.
Sans réservation, à partir de 13h. Tarif plein: 10 €;
tarif réduit et les lundis: 8 €.
Pour réserver
Par téléphone: 0-892-684-694.
Par internet : www.matissepicasso.com
Egalement : dans les Fnac, Virgin, Carrefour, Géant, Auchan, BHV,
Bon Marché, Printemps-Haussmann, Galeries Lafayette et office de
tourisme, 127, avenue des Champs-Elysées, Paris-8e.
Métro
lignes 1, 9 et 13 : station Champs-Elysées-Clemenceau ou Franklin-Roosevelt
Bus
lignes 28, 32, 42, 49, 72, 73, 80, 83, 93
Des ateliers pour
les enfants
A l'occasion de l'exposition "Matisse-Picasso", le Centre Georges-Pompidou
organise, du 16 octobre au 10 mars, des ateliers-exposition pour les 5-12
ans et leurs parents. En s'appuyant sur des reproductions d'uvres,
un montage audio et des dispositifs interactifs, les participants pourront
jouer tour à tour le rôle du peintre et celui du modèle.
Renseignements: 01-44-78-49-13, de 13h à 17h sauf mardi et dimanche.
Des ateliers (danse
et arts plastiques; peinture; dessin), organisés pour les adultes,
permettent de découvrir, explorer les thèmes récurrents
des deux artistes".
Renseignements: 01-44-78-12-57, de 9h30 à 13h, sauf mardi et dimanche.
Un peu d'histoire
autour de cette exposition
 
photos issues du site
www.matissepicasso.com
Le projet de l'exposition a été proposé par l'historien
d'art et peintre John Golding. Mais la première exposition Matisse-Picasso
a été montée en 1918 par Guillaume Apollinaire, six
mois avant sa mort. Elle a eu lieu chez Paul Guillaume, un jeune marchand
et collectionneur, spécialiste d'art nègre, qui venait de
s'installer, à la fois ami de Matisse et de Picasso. Guillaume
Apollinaire rédige la préface du catalogue, positionnant
les deux artistes par rapport à Ingres, Manet et Degas.
Cette exposition faisait suite à la publication d'un ouvrage très
important, publié en France par Françoise Gilot en 1991
et qui s'appelle "Matisse et Picasso, une amitié". Elle
y raconte toute cette période où elle vivait avec Picasso.
Peintre matissienne, elle va réactiver cette relation avec Matisse.
Les deux artistes vivent dans le Midi, et dans cet ouvrage elle évoque
leurs rencontres.
Le catalogue met en confrontation les uvres par paires ou par groupe
d'une dizaine avec parfois des écarts d'époques.
Globalement, nous suivons un fil chronologique, qui démarre en
1906 et s'achève en 1960, six ans après la mort de Matisse,
ce qui permet d'évoquer la manière dont Picasso revient
sur ce deuil et le pense.
C'est une formidable rencontre que le Grand-Palais accueille le 22 septembre:
"Matisse-Picasso"! Plus de cent cinquante uvres venues
des plus grands musées du monde et des collections particulières.
L'exposition a déjà connu un grand succès cet été
à la Tate Modern de Londres. L'hiver prochain, c'est au Moma de
New York que les Américains pourront à leur tour découvrir
les trésors de cet ensemble, fraternité artistique fondée
à la fois sur le défi, la lutte, la rivalité.
Même si l'on a pourtant souvent tenté de les opposer, il
n'y a ni vainqueur ni vaincu dans ce duel. Même au faîte de
leur gloire, jamais Matisse, jamais Picasso n'ont prétendu prendre
le dessus. Le premier ayant débuté avec le fauvisme et le
second avec le cubisme. Ce qui va les réunir, c'est un impossible
besoin d'aller toujours plus loin, au-delà, de repousser encore
les frontières de l'art. Depuis le début du siècle,
et durant près de cinquante ans, chacun épia l'autre, surveillant
et admirant une avancée, une audace qu'il se sentait tenu de dépasser.
Une attitude qui les autorisera à penser que chacun était
le mieux placé pour comprendre, mieux que tout autre, l'uvre
de son "rival".
Ils se rencontrèrent à la fin de l'année 1905 lors
d'un de ces dîners d'artistes que Gertrude Stein et son frère
Leo donnaient, eux qui possédaient à la fois des tableaux
de Matisse et de Picasso. Tout les séparait: l'âge, le milieu,
l'allure. Mais ils ont les mêmes admirations - Cézanne, Ingres,
Gauguin.
Mais quelle que soit son admiration pour Picasso, Matisse a été
horrifié par la barbarie des "Demoiselles d'Avignon".
A cette violence, il oppose l'harmonie de ses "Baigneuses à
la tortue", uvre dans laquelle il affirme son audace non plus
dans le traitement de la figure mais dans l'espace détaché
de toute anecdote. Picasso riposte avec "Trois Femmes" (1908-1909).
Matisse, lui, revient en arrière avec le "Nu à l'écharpe
blanche" (1909) et l'arabesque de sa petite sculpture "la Serpentine"
(1909). La même année, Picasso campe une monumentale "Baigneuse"
qui accentue la torsion du "Nu bleu", se présentant simultané-ment
de face et de dos, montrant à la fois ses seins et ses fesses.
Chacun visite régulièrement l'atelier de l'autre. A l'époque,
Picasso est à Montmartre, au Bateau-Lavoir, tandis que Matisse
habite quai Saint-Michel.
Si le monde de l'art se divise entre "matissiens" et "picassiens",
les deux artistes restent amis. Cependant, Picasso se rallie au cubistesux
cubistes et son complice au temps du fauvisme lui conseille de ne plus
venir. C'est le triomphe du cubisme.
Picasso brise les lignes, fait éclater les formes et destructure.
Au contraire, Matisse recherche l'unité, la ligne qui "condense"
toutes les autres. Des années plus tard, Picasso lui confiera:
"Moi, j'ai le dessin et je cherche la couleur. Vous, vous avez la
couleur et vous cherchez le dessin." La couleur disparaît chez
les cubistes, des tons sourds ne servent plus qu'à donner des indications
de perspective. Mais Matisse continue de faire flamboyer ses couleurs.
En 1912, Matisse compose la "Nature morte à la corbeille d'oranges".
Un tableau que Picasso achètera en 1942 et vénérera
jusqu'à sa mort. Chaque nouvel an, Apollinaire offrait d'ailleurs
des oranges à Picasso, qui ne les mangeait pas préférant
les disposer sur sa cheminée en disant aux visiteurs: "Ce
sont les oranges de Matisse."
Alors quand le cubisme synthétique réintroduisit la couleur
par le collage, Matisse fut concerné à nouveau. Est-ce la
couleur de Matisse qui amena Picasso à réintroduire la couleur
dans le cubisme?
A sa mort, Picasso possédait sept tableaux de Matisse, des tableaux
dont il disait vers la fin de sa vie: "Je ressens de plus en plus
le besoin de vivre avec eux." Matisse, quant à lui, garda
toujours un "Portrait de Dora Maar". "C'est Dante devant
l'Enfer, jugeait-il. Je trouve l'espace devant le visage tout à
fait expressif d'une chose immense. Quelle magie!" Dès leurs
premières rencontres ils avaient échangé des tableaux.
La première fois, en 1907, Matisse prit une nature morte, "Cruche,
bol et citron", et Picasso choisit, lui, à la surprise de
Matisse, le portrait que le peintre avait fait de sa fille Marguerite.
Un portrait qui s'essaie à retrouver la naïveté d'un
dessin d'enfant. Sitôt le "Portrait de Marguerite" installé
chez lui, Picasso acheta un jeu de tir, et, dans son atelier, on s'amusa
à lancer des fléchettes en caoutchouc sur le tableau. Pourtant,
Picasso admirait l'audace de ce visage simplifié; mais l'ironie
n'est pas absente des rapports de ces amis et rivaux.
Si les deux hommes se fréquentèrent peu durant l'entre-deux-guerres
- surtout parce que Matisse était allé s'installer à
Nice - leur amitié reprit, plus féconde que jamais, dans
les années 1940 et jusqu'à la mort de Matisse. Picasso allait
souvent le voir à Vence. Mais quand Matisse meurt, le 3 novembre
1954, Picasso ne se dérange pas. Superstition? Peur de la mort?
Dès le mois qui suit, il commence ses variations sur "les
Femmes d'Alger" de Delacroix, qui hantèrent Matisse, et le
visage de Jacqueline se mêle aux souvenirs du Matisse des années
1920, de l'"Odalisque à la culotte grise" et de l'"Odalisque
au tambourin". "Matisse en mourant m'a légué ses
odalisques", répond Picasso.
L'exposition
 
photos issues du site
www.matissepicasso.com
Les uvres réunies
dans l'exposition du Grand-Palais accusent les différences qui
caractérisent les deux génies au sein d'un même thème.
Tous deux regardent Cézanne ou Gauguin, Ingres ou Delacroix, mais
chacun y trouve une exigence autre. Picasso reprend l'élan de l'art
africain, Matisse, lui, choisit l'art de l'Islam. Tous deux ont besoin
du modèle, privilégient la figure humaine, mais leurs dessins,
en particulier, viennent souligner combien chacun s'en empare différemment.
Tous deux aussi éprouvent la même nécessité
de recourir à la sculpture.
Quelques dates
autour de Picasso
1881. Le 25 octobre, naissance à Málaga de Pablo Ruiz Picasso.
1900. Premier séjour à Paris.
1901. Début de la "période bleue".
1904. S'installe définitivement à Paris.
1907. "Les Demoiselles d'Avignon".
1907-1914. Le cubisme (ce serait Matisse qui aurait inventé le
mot!).
1912. Premiers assemblages et premiers papiers collés de Picasso.
1921. Néoclassicisme des "Trois Femmes à la fontaine".
1925. Influence du surréalisme dans "la Danse" de 1925.
" Le Baiser ".
1929. "Baigneuse assise au bord de la mer", " Grand Nu
au fauteuil rouge ".
1932. "Le Miroir", "le Rêve", inspirés
par Marie-Thérèse Walter.
1937. "Guernica".
1941-1942. "Femme assise dans un fauteuil".
1946. "la Joie de vivre".
1948. S'installe à Vallauris.
1955. S'installe à Cannes.
1954-1955. Série des "Femmes d'Alger" d'après
Delacroix.
1956. "l'Atelier de Cannes".
1957. Série inspirée par "les Ménines"
de Velázquez.
1958. Achète le château de Vauvenargues.
1960-1961. S'inspire du "Déjeuner sur l'herbe" de Manet.
1961. Se retire au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins.
1962-1963. Série de "l'Enlèvement des Sabines"
d'après David.
1970. A partir de cette date, le thème du Peintre et son modèle
domine son uvre.
1973. Meurt à Mougins le 8 avril.
LES LIVRES AUTOUR
DE L'EXPOSITION
Catalogue de l'exposition
"Matisse-Picasso", par J. Golding, A. Baldassari, E. Cowling,
J. Elderfield, I. Monod-Fontaine, K. Varnedoe
Les rapports, les liens et les échanges des deux artistes sont
ici suivis et étudiés par des spécialistes de Matisse
et de Picasso.
D'abondantes reproductions, des photographies évoquent les rencontres
et les défis de ces géants de la peinture, l'évolution
de leurs uvres et leur dialogue à travers natures mortes,
portraits, odalisques, dessins et sculptures. Un bilan très complet
qui permet de confronter des ensembles d'uvres, de les analyser
avec précision. Des écrits, des témoignages de contemporains
ancrent ces deux artistes dans leur époque, permettent de mieux
les comprendre. RMN/Centre Georges-Pompidou, 408 p., 45 €.
Matisse, de la couleur
à l'architecture, par René Percheron et Christian Brouder
Matisse considérait la chapelle du Rosaire à Vence comme
son chef-d'uvre. Des documents, des témoignages permettent
de suivre toutes les étapes de la construction et de la décoration
de la chapelle ainsi que celle du vitrail "les Abeilles", destiné
à l'école maternelle du Cateau-Cambrésis, sa ville
natale. Citadelles & Mazenod, 384 p., 168 €.
Matisse, par Bernard
Noël
Bernard Noël pénètre au cur de la création
de l'artiste, écoutant sa parole, ses écrits, pour retrouver
l'exigence qui conduit Matisse à cette "facilité apparente".
Matisse simplifie le réel, condense les sensations, et son dessin
poursuit "l'expression". Il veut goûter, absorber toutes
les lumières pour conquérir celles de l'esprit. Hazan, 128
p., 17 €.
Matisse et Picasso,par
Yve-Alain Bois
Le début de la carrière des deux peintres est rapidement
évoqué, mais l'étude commence véritablement
à partir des "piques" et "répliques"
qu'échangent les peintres en 1930-1932. L'ensemble est présenté
comme un match. On suit avec passion leurs échanges. De multiples
analyses viennent éclairer tableaux, dessins, sculptures à
travers la façon dont Picasso et Matisse les ont regardés
et la riposte que chacun a adressé à l'autre. L'auteur n'oublie
ni les trêves ni les retrouvailles. L'ensemble se lit comme un roman
et la compréhension des uvres en est enrichie. Flammarion,
272 p., 30 €.
Picasso, portraits
de famille,par Olivier Widmaier-Picasso
C'est à une véritable entreprise de reconstruction que se
livre ici le petit-fils de l'artiste. L'auteur, en s'appuyant sur des
témoignages déjà publiés ou recueillis par
lui-même, brosse le portrait intime d'un homme dont la vie amoureuse
fut à l'image de son uvre, mêlant passions et tourments.
Plus prosaïquement, le petit-fils du maître évoque aussi
l'après-Picasso, et notamment l'affaire d'une succession qui fit
grand bruit". Dans un dernier chapitre enfin, il revient sur la fausse
image d'un Picasso manipulateur avec les femmes.
Ramsay, 482 p., 23 €.
Matisse et Picasso,
par Pierre Cabanne
Un court récit qui s'ouvre sur la rencontre des deux artistes chez
Gertrude Stein, présentant davantage la relation entre les deux
hommes comme un face à face plutôt qu'une amitié.
A l'aide de nombreux textes et citations, le parcours des deux amis-ennemis
est retracé ici avec vivacité et célérité.
Editions de l'Amateur, 110 p., 15 €.
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